Lecture des §256 à 271 : le « langage privé » peut-il être un langage ? (l’ex. de la douleur)

Cette séquence revient au §243, à l’hypothèse du langage privé, après avoir d’abord mis en doute le caractère privé des sensations elles-mêmes (dans les §243-255 commentés ici).

Rappelons le lien entre l’argument du langage privé et la thématique plus large et récurrente chez Wittgenstein du « problème du solipsisme » : le solipsisme – et avec lui l’idéalisme – est à la fois « vrai » et « absurde ».

« privé » peut être pris soit au sens de connaissable seulement du sujet (inobservable par autrui), soit au sens de posséder seulement par le sujet (inaliénable) – sans préjuger du rapport entre ces deux sens.

Les §243 à 255 ont montré que ces deux sens de « privé » appliqués aux sensations sont soit faux (empiriquement), soit absurdes (car relevant d’une nécessité grammaticale, logique) :

  • faux : le privilège absolu du je quant à l’accès à ses sensations n’est pas un fait nécessaire ; nous parvenons très bien à savoir qu’autrui a mal.
  • absurde : le privilège du je – i.e. en fait l’asymétrie du langage psychologique tout entier – est en réalité une règle de ce jeu de langage ; c’est un énoncé grammatical aussi absurde (car tautologique) que de dire que le jeu du solitaire ne peut pas se jouer à plusieurs, ou que tout bâton a une longueur. Nous projetons indument cette asymétrie grammaticale sur la réalité.

Cf. en particulier le §246 :

« Dans quelle mesure mes sensations sont-elles privées ? — En ceci que moi seul peux savoir si j’ai vraiment mal ; les autres peuvent seulement le présumer. — Cela est, d’une certaine manière, faux, et d’une autre, absurde. Lorsque nous employons le mot “savoir” à la manière dont il est normalement employé (et comment l’employer autrement !), très souvent les autres savent si j’ai mal. — Certes, mais pas avec la même certitude que moi ! — On ne peut absolument pas dire de moi (si ce n’est en plaisantant) que je sais que j’ai mal. Que cela voudrait-il donc dire — sinon que j’ai mal ? »

Ces premières réfutations atteignent déjà l’hypothèse du langage privé, dans la mesure où celle-ci repose implicitement sur la thèse que les sensations sont « privées » : le langage (conçu comme nécessairement) privé, les « mots » ou noms privés seraient ceux qui correspondraient à des « objets » privés, tels que les sensations.

Les paragraphes suivants attaquent l’hypothèse du langage privé sous un autre angle : s’agirait-il, pourrait-il s’agir d’un langage (étant donné certaines propriétés essentielles de ce qu’on appelle « langage ») ? Comment serait-il établi et acquis ? En quoi pourrait-il consister à suivre une règle ? A quoi servirait-il ? Ferait-il même sens pour son supposé unique locuteur ?

§256-257 : comment serait-il établi, défini, appris ?

§256

Retour à l’hypothèse du langage privé, comme langage relatif aux sensations internes.

La désignation – le lien entre mot et chose, nom et objet – fonctionne-t-elle autrement que d’habitude lorsqu’elle porte sur les sensations personnelles ?

Si les mots de sensation sont étroitement liés à des expressions naturelles de sensations, ils ne peuvent alors pas relever d’un « langage privé » : sinon, ce langage privé aurait alors une dimension « publique ». L’hypothèse d’un langage privé implique logiquement la mise entre parenthèses du comportement.

« Une caractéristique essentielle d’une langue « privée » n’est pas seulement qu’elle ne soit comprise par personne d’autre (comme la langue du dernier Mohican) ou qu’aucun consensus communautaire n’existe quant à ce qui constitue le respect de ses règles, mais qu’il soit logiquement impossible pour une autre personne de la comprendre, autrement dit qu’il n’existe aucun critère public (ou aucune règle communicable) pour son application correcte. » (Hacker, 80)

Cette hypothèse conduit donc à concevoir que c’est le locuteur qui associe des noms aux sensations et les utilise dans ses propres descriptions, le tout de manière « interne » (sans lien avec un comportement extérieur).

« Cette conception repose sur l’idée que les phrases psychologiques à la première personne du présent sont des descriptions de l’intérieur, que ce que l’on appelle « une description de mon état d’esprit » est précisément analogue à une description de l’état de ma chambre, à ceci près que cette dernière concerne l’« extérieur » et la première l’« intérieur » » (Hacker, idem).

§257

Mais qu’en serait-il s’il n’y avait pas d’expressions naturelles de la douleur ? (l’hypothèse du langage privé impliquant qu’il n’y en ait pas).

Conséquences inquiétantes tirées par l’interlocuteur de W : l’enseignement des noms de sensations deviendrait impossible ! Si l’enfant inventait lui-même un nom de sensation, personne ne le comprendrait !

Ces inquiétantes objections n’ont pas de sens : elles se contentent de soulever des difficultés de communication avec les autres, présupposant implicitement que l’enfant comprendrait lui-même ces noms de sensation ; or il faut commencer par se demander ce que voudrait dire, pour le sujet lui-même, « nommer sa douleur », par quel mécanisme, dans quel but, etc.

« on oublie qu’il a déjà fallu une longue préparation dans le langage pour que le simple fait de dénommer ait un sens »

Autrement dit : il n’y a pas de sens unique de « dénommer », et dans chaque cas la dénomination renvoie au contexte et aux enjeux d’un jeu de langage déterminé (on ne dénomme pas tout court, dans le vide) :

« (…) cela masque la diversité de ce que l’on appelle « nommer » et la dépendance, dans chaque cas, de ce qui constitue une nomination dans le jeu langagier auquel la nomination spécifique prépare. Nommer une personne prépare à des activités telles que l’appeler, lui parler, L’annoncer, le présenter, lui attribuer une responsabilité, etc. Nommer une couleur prépare tout un ensemble de jeux de langage ; car on ne s’adresse pas à une couleur par son nom, on ne l’appelle pas, on ne modifie pas son nom en un surnom. Mais on demande à quelqu’un de reproduire cette couleur en mélangeant des peintures, d’apporter un tissu de la même couleur que le tapis ; et on décrit les objets comme étant rouges ou verts, plus foncés ou plus clairs que d’autres, etc. Sous l’emprise de la conception augustinienne, nous pensons que nommer se résume à attribuer un nom à une chose (qu’il s’agisse d’un objet, d’une forme, d’une couleur ou d’une douleur) et que toute la grammaire du nom découle de la nature de la chose. » (Hacker, 81)

Il y a une « grammaire du mot “douleur” », relative elle-même à une grammaire plus large des sensations : dans cette grammaire, les noms ne réfèrent ni à « quelque chose » ni non plus à « rien » (réfèrent à un « objet » dans un sens très particulier).

Cf. plus loin le §304 :

«  Mais tu admettras tout de même qu’il y a une différence entre un comportement de douleur accompagné de douleur et un comportement de douleur en l’absence de douleur. » — L’admettre ? Pourrait-il y avoir une différence plus grande ! — « Et pourtant tu en reviens toujours à ce résultat : La sensation elle-même est un rien. » — Certainement pas. Elle n’est pas un quelque chose, mais elle n’est pas non plus un rien ! Le résultat était seulement qu’un rien fait aussi bien l’affaire qu’un quelque chose dont on ne peut rien dire. Nous n’avons fait que rejeter la grammaire qui voulait ici s’imposer à nous.

Le paradoxe ne disparaît que lorsque nous rompons radicalement avec l’idée que le langage fonctionne toujours d’une seule façon, et qu’il est toujours au service du même but : transmettre des pensées — que celles-ci portent sur des maisons, des douleurs, le bien et le mal, ou n’importe quoi d’autre. »

« la grammaire du mot “douleur” ; elle montre le poste où le nouveau mot sera placé » : «  De même que l’on ne peut disposer les pièces d’échecs que dans le cadre préparatoire à une partie d’échecs — c’est-à-dire sans connaître les règles du jeu et la technique pour y jouer —, un alignement de pièces de bois sculptées sur un échiquier ne constitue pas un positionnement de pièces d’échecs. » (Hacker).

Apprendre à jouer aux échecs ne consiste pas à apprendre le nom des pièces et à les aligner, mais à apprendre les règles du jeu dans lesquelles ces pièces prennent place et sens.

§258-261 : l’argument du journal intime

§258

Expérience de pensée / jeu de langage : association d’un signe « S » à une sensation revenant régulièrement dans un journal intime.

Cela ressemble beaucoup à du langage… mais en est-ce vraiment un ?

1e objection : « il n’est pas possible de formuler une définition de ce signe »

Ce qui signifie : il serait impossible, au sujet lui-même, d’expliquer et de justifier les raisons du lien entre le signe et ce qu’il désigne, d’en fournir un critère d’application correcte.

Réponse : si, à travers une définition ostensive (désignation intérieure) ; le sujet justifierait ce lien en se montrant à lui-même à quoi il correspond, par un critère lui-même privé.

2e objection : « désigner » n’aurait alors pas le sens ordinaire ; il s’agirait d’un « cérémonial » inutile.

Ordinairement, l’ostension (externe) permet d’établir objectivement (indépendamment du sujet) la signification. Mais la supposée « ostension interne » paraît incapable d’assurer ce lien, si tant est qu’elle soit même possible (que veut dire « se montrer à soi-même quelque chose d’interne »?).

Cf. plus loin au §311 : « Cette “monstration” privée est une illusion. »

Réponse : cette ostension consisterait à fixer son attention sur chaque occurrence de la sensation, et ainsi de graver dans sa mémoire, de fixer la connexion entre le signe et sont objet.

3e objection : il n’y aurait alors aucun critère indépendant de « correction »

L’appel à la mémoire présuppose en réalité ce qu’il est censé garantir : si j’identifie la nouvelle sensation censée correspondre au signe comme étant la même qu’auparavant, c’est que mon souvenir est déjà supposé correct (j’ai donc déjà le critère que la mémoire est censée me fournir).

« Bien sûr, on peut avoir l’impression que « S » est lié à cela (et l’on concentre son attention sur quelque chose). Mais l’est-il ? Et de quoi s’agit-il ? Quel lien « S » entretient-il avec cela ? Il n’y a pas de réponse. Et en l’absence de distinction entre ce qui semble juste et ce qui est juste, la notion de juste n’existe pas. Par conséquent, il n’est pas possible de se souvenir correctement ou incorrectement du lien entre « S » et la sensation « de l’échantillon » postulée, non pas parce que la mémoire est faillible (sinon on pourrait se souvenir incorrectement), mais parce qu’il n’existe aucun critère de justesse, rien qui puisse être considéré comme juste » (Hacker).

Une telle justification conduirait à ne plus pouvoir distinguer suivre la règle et croire suivre la règle : ce qui conduit aux deux paragraphes suivants.

§259

Dans un tel langage privé, les règles semblent n’être que des « impressions » de règles : suivre une règle reviendrait à avoir le sentiment de suivre une règle.

Analogie critère / balance (instrument de mesure) : une balance est par définition un critère objectif, un instrument de mesure indépendant de la chose à mesurer ; la balance des impressions ne peut pas être elle-même une impression !

§260

D’où, « Peut-être crois-tu que tu le crois ! », et ainsi de suite (cercle).

Le signe « S » semble ne rien noter du tout, faute d’une fonction (au sein d’un jeu de langage, ayant lui-même une grammaire).

Bien sûr, on peut noter quelque chose pour soi-même, comme on peut se parler à soi-même.

Mais cela recouvre des pratiques, des fonctions et des jeux divers.

Ici – dans l’ex. imaginaire du §258 – aucune fonction, aucun jeu, aucune grammaire ne sont définis : un tel supposé langage tourne à vide.

Bouveresse (Le mythe…, 429) : « Le sens général de l’argumentation de Wittgenstein est clair. Cela fait partie du concept de langage qu’un langage ait des règles; et cela fait partie du concept de règle qu’il puisse y avoir un accord et un désaccord sur la question de savoir si quelque chose constitue ou non un processus conforme à la règle. Mais dans le cas du langage privé il ne peut y avoir rien de tel, puisque l’instance ultime n’est pas constituée par une expression publique de la règle et une pratique établie déterminant l’application correcte, mais simplement par l’impression ou la conviction personnelles qu’a l’utilisateur d’avoir correctement appliqué la règle dans le cas concerné. »

§261

Dire que « S » est le signe d’une « sensation » présuppose et fait signe vers un jeu de langage commun (celui des sensations, avec sa grammaire propre) : « L’emploi de ce mot requiert donc une justification qui soit compréhensible par tous.  »

« Aussi en vient-on, quand on philosophe, à ne plus vouloir proférer qu’un son inarticulé. — Mais un tel son n’est une expression qu’à l’intérieur d’un jeu de langage déterminé, qu’il nous reste encore à décrire. »

§262-264 : la continuité de l’application (suivre une règle)

Le langage est un cas d’obéissance à une règle : les §262 à 269 vont souligner à quel point le supposé langage privé n’assure pas les critères de ce qu’est suivre une règle, ni la continuité de l’application, ni la possibilité de la « correction », de l’accord avec la règle (ou du désaccord, de l’infraction).

§262

Hypothèse d’une règle privée, à l’égard de laquelle on s’engagerait de manière privée : l’engagement à poursuivre l’application de la règle, dans tous les cas ultérieurs, à continuer d’associer le signe « S » aux mêmes sensations.

Comment un tel engagement intérieur est-il possible / pensable ?

D’où viendrait la connaissance et la maîtrise de la technique d’application ?

Une règle privée est une contradiction dans les termes.

Cf. déjà le §202 (et les §198-202 commentés ici) :

« C’est donc que “suivre la règle” est une pratique. Croire que l’on suit la règle n’est pas la suivre. C’est donc aussi qu’on ne peut pas suivre la règle privatim ; sinon croire que l’on suit la règle serait la même chose que la suivre. »

§263

Comment un engagement intérieur – l’engagement privé d’obéir à une règle – peut-il être assuré ou contrôlé ?

« Question étrange » : ordinairement, on ne doute pas d’avoir pris une résolution.

L’idée d’un engagement privé n’a pas de sens.

§264

Réponse de l’objecteur : l’identification de l’objet désigné suffirait à maîtriser la technique, à connaître tous les cas d’application du signe (conception augustinienne).

Mais cette réponse ne donne aucun critère indépendant permettant de juger du caractère correct ou incorrect de l’application du signe : cf. paragraphes suivants.

§265-269 : les critères de correction (suivre une règle)

§265

Hypothèse d’un tableau ou dictionnaire imaginaire, permettant de justifier l’emploi correct du signe privé.

Un tel tableau imaginaire constituerait une justification, à la différence près que celle-ci serait subjective, interne.

Mais une justification « subjective » n’est pas justement pas une justification : justifier consiste « à en appeler à une instance indépendante », à un juge extérieur aux parties.

Or, dans le langage privé, par hypothèse, le sujet ne pourrait faire appel qu’à ses propres souvenirs.

Exemple : pour vérifier que l’on a noté correctement l’horaire d’un train, on regarde à nouveau les horaires papier physiques du train et non le souvenir visuel que l’on a d’eux (ou alors il faudrait être d’abord assuré de la justesse de l’image mémorielle que l’on en a).

« Consulter un tableau en imagination n’est pas plus consulter un tableau que la représentation du résultat d’une expérimentation imaginée n’est le résultat d’une expérimentation. »

§266

Après le tableau imaginaire, la pendule (horloge) réelle et imaginaire.

L’image d’un instrument de mesure ou de vérification (par ex. une pendule) n’est pas suffisante pour assurer la justification : on peut se servir d’une telle image de différentes manières.

§267

Puis le pont imaginaire.

Pour justifier le choix des dimensions d’un pont imaginaire, je n’utilise pas des justifications imaginaires : je me réfère à des justifications externes et objectives.

Hacker : « La justification des dimensions d’une construction imaginaire prend la même forme que pour une construction réelle, à savoir le recours aux lois de la mécanique, aux propriétés des matériaux, etc. Il faut donc citer des calculs et des expériences authentiques pour justifier qu’une construction imaginaire soit envisagée de cette manière plutôt que autrement. »

§268

« Pourquoi n’est-il pas possible que ma main droite donne de l’argent à ma main gauche ? »

Il est bien sûr possible qu’un tel geste ait lieu. Mais ce serait seulement l’image d’un don, non un don réel : la grammaire de « faire un don » n’est pas respectée (celle-ci requiert la distinction donateur / donataire).

Pour la même raison, « on pourrait poser la même question si quelqu’un s’était donné à lui-même l’explication privée d’un mot » : se donner une « définition privée » ne constitue pas une véritable définition, car ce qu’on appelle « définir » suppose – grammaticalement, logiquement – d’établir une norme pour l’usage correct d’une expression.

§269

Dans le langage ordinaire, il y a toujours des critères déterminés et indépendants – des critères de comportement, observables – permettant de vérifier qu’un mot est compris ou non, appliqué correctement ou non, mal compris, etc.

Ce sont précisément de tels critères qui manquent absolument dans le cas d’un langage privé.

§270-271 : le mécanisme d’ensemble

Les paragraphes 270 et 271 présentent un usage authentique de « S » comme signe de douleur, mais parce que la description faite au §258 est maintenant complétée par des manifestations extérieures associées, des phénomènes publiquement observables : le manomètre, les symptômes habituels. Donc autre chose qu’une « ostension privée ».

§270

La corrélation systématique avec le manomètre assure alors la justesse de mon usage de « S ».

Mais du coup, la possibilité interne de l’erreur d’appréciation, la question de la justesse interne / privée n’a plus d’importance : le rapport privé, le privilège supposé du sujet ne joue plus de rôle du tout dans le critère de correction de la nomination.

C’est le « mécanisme » d’ensemble – i.e. le jeu de langage – qui compte.

§271

Ajoute une hypothèse absurde : « peut-on imaginer une personne qui ne se souvient plus de ce que signifie « douleur » et qui, par conséquent, appelle différentes choses « douleur », mais qui utilise néanmoins ce mot chaque fois qu’elle se frappe, se brûle ou se coupe et crie, etc. ? Non ! Si elle utilise « douleur » comme nous tous, alors elle se souvient de ce que cela signifie (ce qui ne signifie pas qu’elle se souvienne quelle chose interne est appelée « douleur ») ». (Hacker)

Autrement dit, c’est le fait que le signe joue le rôle qui est le sien à l’intérieur du jeu de langage qui compte : comme la pièce du jeu d’échecs.

Cet argument sera prolongé par la fameuse parabole du scarabée dans la boite du §293 :

« Supposons que chacun possède une boîte contenant ce que nous appellerons un “scarabée”. Personne ne pourrait jamais regarder dans la boîte des autres ; et chacun dirait qu’il ne sait ce qu’est un scarabée que parce qu’il a regardé le sien. — En ce cas, il se pourrait bien que nous ayons chacun, dans notre boîte, une chose différente. On pourrait même imaginer que la chose en question changerait sans cesse. — Mais qu’en serait-il si le mot “scarabée” avait néanmoins un usage chez ces gens-là ? — Cet usage ne consisterait pas à désigner une chose. La chose dans la boîte ne fait absolument pas partie du jeu de langage, pas même comme un quelque chose : car la boîte pourrait aussi bien être vide. — Non, cette chose dans la boîte peut être entièrement “supprimée” ; quelle qu’elle soit, elle s’annule.

Cela veut dire : Si l’on construit la grammaire de l’expression de la sensation sur le modèle de “l’objet et sa désignation”, l’objet perd toute pertinence et n’est plus pris en considération. »

Cf. aussi RP, II, xi :

« Débarrasse-toi toujours de l’objet privé en supposant qu’il change sans cesse, mais que tu ne le remarques pas, parce que ta mémoire te trompe sans cesse. »